Republic Day, 11 ans apres
C’était le 26 janvier 2001, 51ème anniversaire de la première démocratie mondiale, l’Inde. Ce jour là peu avant 9h, à quelques encablures de Bhuj au Gujarat, la terre a tremblé, à une magnitude de 7,9 sur l’échelle de Richter. Cette journée d’allégresse et de fête nationale est devenu un jour de deuil pour les familles des quelques 26 000 morts et 167 000 blessés, où plus d’un million de Gujaratis ont perdu leur maison. 11 ans jour pour jour plus tard, nous étions à Maringana à quelques encablures de l’épicentre, pour vous raconter l’histoire de ses habitants.
Aujourd’hui c’est le Republic Day, jour de fête nationale et de célébration de l’entrée en vigueur de la constitution indienne. A Maringana, une cérémonie est organisée à l’école, en présence du Sarpanch (maire), des enfants et de tous les dignitaires du village. Comme souvent dans un pays fier de ses couleurs, le protocole s’ouvre par une levée et un salut de drapeau, sous les applaudissements euphoriques des enfants regroupés sur le perron de l’école. Devant le mat, un portrait du Mahatma Gandhi trône sur une chaise, contemplant d’un sourire paisible la commémoration de l’accomplissement de son rêve d’indépendance. Juste à côté le Sarpanch et son premier adjoint siègent à côté de l’ambassadeur français, ou celui qu’ils considèrent comme tel, Hervé notre accompagnateur.
Les enfants ont préparé un spectacle, ils piaffent d’impatience. Pour eux, c’est un jour de fête unique dans l’année, et tous jettent un regard plein d’appétit sur la montagne de bonbons qui les attend aux pieds de leur principal. Alors forcément, le calme est difficile à obtenir au grand désespoir du maître d’école qui lance des « Mauna ! » (silence !) répétés et dénués d’effet. Les plus petits sont envoyés de l’autre côté de la cour, où ils s’assoient sagement aux pieds des anciens du village, qui contemplent la marmaille d’un air bienveillant. Le premier groupe monte sur la couverture qui définit un semblant de scène au milieu de la cour, pour une danse pleine de bonne volonté mais bien mal assurée. Les hommes du village assis à l’ombre d’un arbre à beurre, observent la scène avec un demi-sourire. D’autres images leur reviennent, moins joyeuses, moins innocentes…
Ils se rappellent des évènements de 2001, des bâtiments ancestraux qui s’effondrent, d’un champ de ruines où beaucoup est à reconstruire. Ils repensent à d’autres enfants, qui attendaient dans une ruelle de Bhuj que leur tour de défiler arrive pour le Republic Day, et sur qui la rue entière s’est effondrée ne leur laissant aucune chance. Mais au delà de ces souvenirs douloureux, ils ressentent la force de cette nouvelle génération qui s’ébroue sous leurs yeux, comme un symbole du renouvellement éternel et immuable de la vie, et l’émotion est palpable.
Loin de ces préoccupations, les enfants enchaînent les chorégraphies plus ou moins assurées et les petites saynètes, jusqu’au bouquet final : une petite pièce de théâtre à l’interprétation peut être maladroite, mais qui déclenche les rires à force de gags visuels. La cérémonie touche à son terme et c’est le principal, seul anglophone du village, qui prend la parole pour remercier tout le monde, et en particulier notre délégation française. Notre présence renvoie à nouveau tout le monde 11 ans en arrière, en effet spontanément après le tremblement de terre, toutes les entreprises présentes dans la région ont fait spontanément un geste pour aider à la reconstruction.
A l’époque GDF SUEZ était présent au travers de Petronet, qui gérait déjà le terminal méthanier de Dahej. Pour ordonner l’aide et la répartir avec homogénéité sur le territoire, le gouvernement du Gujarat avait assigné à chacun une zone d’action, GDF SUEZ héritant de Maringana. Il avait alors été entrepris la construction d’un gros dispensaire permettant un meilleur accès aux soins médicaux pour les habitants de la région. Oui mais voilà, si l’Inde est la première démocratie du monde, elle possède aussi la première administration, avec toutes les lourdeurs et complications que cela implique. 11 ans plus tard, grâce aux aides gouvernementales les maisons du village sont à nouveau sur pied, et le bâtiment du dispensaire trône au bord de la route, avec sa belle esplanade permettant aux ambulances de reculer à niveau jusqu’à son entrée.
Oui mais voilà, le bâtiment est vide et désaffecté, et sur son parvis, on ne trouve que les vaches du village qui viennent se désaltérer dans leur abreuvoir. Que s’est-il passé ? Hervé menant l’enquête depuis plusieurs mois, les éléments se remettent peu à peu en place. Si le gros oeuvre a été proprement terminé, il semble que les finitions n’aient jamais été réalisées, tant et si bien que l’administration centrale n’a pas souhaité ouvrir cet hôpital qui était pourtant très proche d’être opérationnel. Puis avec le temps et un incendie des archives du service, on a oublié peu à peu cette bâtisse, qui n’a jamais été affectée à un quelconque usage.
Il a fallu une visite impromptue d’Hervé il y a un peu plus d’un an pour que l’enquête reprenne, à partir de son constat que le bâtiment demeurait désespérément vide. Au stade où en sont les choses, il semble évident que l’hôpital ne verra jamais le jour. Ce choix fait dans l’émotion suivant le traumatisme de 2001 ne se justifie plus aujourd’hui, alors que des installations similaires ont été implantées dans des villages voisins. Mais le bâtiment de belle confection et à la structure saine et robuste, pourrait présenter un potentiel certain si on se décidait enfin à lui écrire un avenir…
Entretemps nous avons quitté l’école, et une délégation d’officiels se dirige vers le dispensaire désaffecté en notre compagnie. La visite est surprenante, tout est en sommeil des toilettes aux néons, seul manque un usage. Hervé prend alors la parole devant l’assemblée, l’objectif qu’il expose est clair : déterminer à qui appartient ce bâtiment aujourd’hui, et transférer cette propriété au village, pour qu’il puisse y abriter des activités à même de soutenir son développement. Pourquoi ne pas imaginer une salle d’exposition et de vente pour l’artisanat local ? Des salles disponibles pour une future extension de l’école ? Un espace médical permettant d’accueillir une des vacations périodiques des services de santé ? La belle a peut-être dormi 11 ans, mais aujourd’hui il est grand temps qu’elle se réveille !
La visite est finie, les gens se retrouvent en petits groupes. Entre les anciens du villages et le Sarpanch, une discussion animée s’engage et les idées fusent. Nul doute qu’ils sauront utiliser au mieux cet outil que pourrait être l’ex-futur dispensaire, reste simplement à trancher la question de la propriété, l’enquête n’est pas finie mais l’avenir se dessine positivement ! Avec quelques gestes, la discussion se poursuit avec un ancien du village qui nous reçoit à déjeuner. Faute d’interprète, la conversation n’ira pas bien loin, mais la chaleur des au-revoirs en dit long sur la reconnaissance du village pour ce suivi de son existence, qui va bien au delà de la simple bonne action ponctuelle. C’est aussi ça, être utile aux hommes.
Notre chauffeur est de retour, c’est l’heure de quitter cette communauté d’éleveurs pour retourner vers les encombrements de Bhuj. Le Republic Day n’est pas fini ici un repas commun étant prévu, mais les enfants n’ont pas attendu : leurs mains gluantes tendues à notre départ les trahissent, ils ont dévalisé les bonbons du principal sans doute avec son consentement. Et alors que les dernières bâtisses blanches de Maringana disparaissent dans les rétroviseurs, on mesure à quel point ces quelques heures passées depuis la veille en compagnie de ces gens attachants nous ont marqué. Maintenant, nous aussi on a un évènement à commémorer le 26 janvier, un grand moment d’humanité !
A bientôt sur le blog.








Et voilà comment on voyage sans bouger de sa chaise… je viens de passer une bonne heure à vous accompagner dans vos périples, découvrir vos engagements et surtout un visage de l’Inde que je ne connaissais pas, abreuvée que j’étais d’images de misère, de pollution, de lieux délabrés et sordides, à côté de richesses culturelles et intellectuelles inestimables qui semblaient réservées à quelques privilégiés. Dans vos spots, de la joie, de l’espoir partout, l’envie de me joindre à ces équipes convaincues pour apporter ma goutte d’eau – qui sait, un jour… Merci à vous tous et bonne continuation !